ARCHIVES ÉDITORIALES

mécanique articulaire

[chondropraxie]

 

ARCHIVES ÉDITORIALES, janvier 2018

 

Sept ans…

 

A sept ans, j’avais la vision du corps humain construit comme une échelle, les deux membres inférieurs symbolisant les montants, la colonne vertébrale les barreaux, et je me disais que lorsqu’on pose une échelle contre un mur et qu’on monte, il vaut mieux que les montants soient posés bien à plat sur le sol sinon, pour peu que les barreaux soient vermoulus, ils casseront d’autant plus facilement que l’équilibre général de l’échelle sera en défaut ou en péril.

J’ai peu changé de regard sur le corps humain, j’ai simplement affiné ma vision. Ainsi, pour une sciatique je travaille à la cheville, au bout du trajet du nerf sciatique, et pour une cruralgie je travaille le genou, dans le creux poplité.

Les résultats sont intéressants et, s’il y a hernie discale, la manipulation a comme premier énorme avantage de ne pas toucher la zone lombaire, souffrante, et comme second avantage de décompresser rapidement – plus rapidement que n’importe quelle autre manipulation que je sache – le rachis lombaire dans son ensemble, à la condition toutefois que l’équilibre redonné aux membres inférieurs tienne le coup, ce qui n’est pas toujours le cas à la première manipulation, pour cause de fragilité de l’articulation (cheville ou genou, voire cheville et/ou genou opposé) ou pour cause de résistance d’une posture antalgique dans la colonne vertébrale au niveau de la scapula (omoplate) opposée : genou gauche, zone de la scapula droite.

 

J’ai toujours sept ans quand je travaille en cabinet. Je suis encore surpris de la vitalité de mes contemporains, de la vitalité de la bêtise aussi parfois (mais j’ai appris à en sourire), de la capacité d’un être humain au corps souffrant depuis des années et des années à prendre patience et à faire confiance, afin qu’ensemble, à deux, lui ou elle, mon client ou ma cliente et moi-même, nous apprenions à sortir du handicap d’une ou plusieurs articulations jusqu’à vivre le plus normalement possible.

Ma clientèle, oui, car c’est moi qui suis « sincèrement » patient.

 

Les fois où quelqu’un arrive en m’annonçant qu’il ou elle n’a trouvé aucun spécialiste de la médecine qui puisse faire quelque chose pour lui ou pour elle, de part et d’autre nous savons que le temps ne comptera plus tellement, et que la notion de durée sera remplacée par la notion de progrès. Et c’est bien.

Il n’y a rien de plus riche et de pétillant que de travailler ensemble, de progresser ensemble, de rire ensemble des moments où de part ou d’autre on se prend les pieds dans le tapis, quand on se sait de part et d’autre limité, parce que, là, on progresse.

 

Marc D. VIALLAT.